Il y a 20 ans, en 2005, l’imprimerie nationale, située rue de la Convention, fermait ses portes. C’était le dernier site industriel majeur du 15e arrondissement qui s’efforçait déjà de masquer son passé ouvrier. Retour sur cette histoire méconnue et ses derniers vestiges.
Plaine de Grenelle (Paris 15), anciennes usines. Crédit : SHA
Lorsqu’on pense au 15e arrondissement, on visualise un quartier calme, familial et plutôt huppé. Quelques curieux de son histoire évoqueront le site de production Citroën ou les abattoirs Vaugirard.
Mais, le 15e, il y a 100 ans, c’était un quartier populaire. À la place des hautes tours de Beaugrenelle, c’était les cheminées en brique des usines qui trônaient sur la plaine de Grenelle. La Gazette des Faubourgs a déterré ce passé insoupçonné de l’arrondissement le plus dense de la capitale.

L’eau de Javel, originaire du 15e
Qui est arrivé en premier ? L’œuf ou la poule ? L’eau de Javel ou le quartier ? Au XVe siècle, du temps où la rive gauche de Paris ne dépassait pas Saint-Germain, se trouvait un lieu-dit surnommé « Javetz ».
Selon Charles Pomerol, géologue, ce nom vient d’un mot gaulois désignant une île formée de tas de sable. Mot transformé en « javel » dans l’ancien français, puis « javeau » dans notre français actuel. Le quartier, lui, n’a pas connu cette dernière évolution.
Un peu plus tard, au XVIIe siècle, Javel renfermait une ginguette et un petit port. Ce n’est qu’en 1788 que l’actuelle partie ouest du 15e arrondissement a accueilli ses premiers habitants. Et pour cause, un an auparavant, le comte d’Artois a fondé une usine de produits chimiques produisant un désinfectant à base d’hypochlorite de sodium ou sel de potasse. Autrement appelée : l’eau de Javel.
De zone industrielle à ville moyenne
L’usine du comte d’Artois est très odorante, mais tolérée. Le site de production était là avant les habitants, ils sont donc venus vivre à proximité en connaissance de cause. Petit à petit, compte tenu de l’environnement déjà pollué, d’autres usines sont sorties de terre. Des blanchisseries notamment.
Un peu moins de 100 ans plus tard, la plaine de Grenelle avait laissé place à une cité industrielle de 20 000 habitants. La commune de Vaugirard aussi s’est étendue. Contrairement à Grenelle, ce n’est pas une ville nouvelle. L’endroit est habité par des paysans depuis plusieurs siècles.

Toujours dans cette logique d’expansion, un nouveau personnage fait son apparition : Jean-Léonard Violet. Alors conseiller municipal, l’homme acquiert en 1824 un terrain de plus de 100 hectares pour y construire des lotissements baptisés « Beaugrenelle » pour y loger les travailleurs des usines.
L’élu est aussi à l’origine du port de Javel pour amener et entreposer les marchandises. Ainsi qu’une ligne de chemin de fer longeant la Seine.
Un ancien hub industriel
Lister l’ensemble des usines présentes sur le territoire de l’actuel XVe arrondissement serait trop long, tant il y en avait.
Pour parler de secteurs d’activités, dans le 15e, on produisait entre autres : des produits chimiques (en plus de l’eau de Javel), des briques, des télégraphes, des wagons de train, des ascenseurs, des ballons dirigeables, des avions, des biscuits, des horloges, de la bière, et bien d’autres choses.

Pourtant, aujourd’hui, en se promenant dans l’arrondissement, presque rien ne témoigne de ce passé industriel.
Comme évoqué au début de l’article, l’imprimerie nationale située rue de la Convention a fermé ses portes il y a 20 ans, en 2005. Le bâtiment abrite maintenant le ministère des Affaires Étrangères, et c’est un des derniers édifices industriels toujours debout.
Certains vestiges sont toujours visibles mais peu connus. Seul le parc André Citroën témoigne de l’histoire du quartier, construit sur l’emplacement de l’ancienne usine. Plus symbolique que visuel cependant.

Que reste-t-il ?
Si vous habitez le XVe ou que vous appréciez y flâner, vous avez peut-être déjà remarqué ces témoins du passé sans vraiment savoir à quoi ils correspondent.
Dans le parc George Brassens, une vigie surplombe une étendue d’eau. Cette tour n’est pas décorative. Elle trônait auparavant au milieu des (anciennement) très connus abattoirs de Vaugirard. De même pour les sculptures de taureau à l’entrée du parc.

Pour rester dans les espaces verts, le charmant square Saint-Lambert est, lui aussi, lié à l’histoire industrielle du quartier. Avant, s’y trouvait une usine de gaz composée notamment d’un édifice rond à l’emplacement de l’actuelle fontaine trônant au milieu du square.

L’imprimerie, elle, est presque intacte, bien que difficilement visitable au vu de sa nouvelle fonction.

Quant au port de Javel, il est toujours présent, au même endroit, mais aujourd’hui plus que deux entreprises sont présentes : Point P et Lafarge.

Pour le reste des usines, elles ont été détruites. Remplacées pour la plupart par des immeubles modernes.


Contrairement au XIXe, XXe ou IXe, les quartiers de Javel et Vaugirard n’ont pas gardé cet ADN ouvrier. Seules les images d’archives et quelques travaux d’historiens permettent de s’en souvenir.






