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Stalingrad, le point zéro du crack à Paris

La consommation de crack à Stalingrad a doublé entre 2017 et 2023.

La consommation de crack à Stalingrad a doublé entre 2017 et 2023. Crédit : By Espiritusanctus – Own work, CC BY-SA 3.0

Stalingrad est devenu le cœur d’un des plus grands fléaux parisiens : le crack. Malgré les évacuations répétées et les plans successifs, le quartier reste, depuis plus de trente ans, le centre visible de la consommation.

Sous le métro aérien, entre le canal Saint-Martin et la gare du Nord, se joue depuis trente ans la même scène, celle d’un quartier qui repousse sans jamais résoudre la crise du crack à Stalingrad. La préfecture de Paris a annoncé l’une de ses premières mesures : lutter contre les trafics de stupéfiants, et en particulier contre le crack.
Marie Jauffret-Roustide, sociologue et chercheure, spécialiste des drogues et des sociétés, nous explique pourquoi Stalingrad est devenu l’épicentre d’un désastre qui ne cesse de croître.

Pourquoi Stalingrad est-il devenu le centre de toutes les discussions sur le crack ?

Marie Jauffret-Roustide : C’est une histoire longue, qui remonte à plus de trente ans. Ces « scènes ouvertes » de crack, des espaces où coexistent consommation et trafic, sont apparues à Paris à la fin des années 1980. Elles se sont rapidement installées dans le nord-est parisien, la zone la plus pauvre de la capitale, en continuité avec la Seine-Saint-Denis. Dans les quartiers plus aisés, les riverains se mobilisent davantage pour faire évacuer rapidement les campements. À l’inverse, autour des boulevards du nord, il y avait moins d’habitations, plus de terrains vagues. Des lieux où il était donc plus facile de s’installer. La configuration de l’espace est déterminante, elle permet aussi de fuir rapidement en cas d’intervention policière. La place Stalingrad est idéale pour cela : vaste, traversée de colonnes, pleine de petits recoins où les usagers peuvent se cacher pour consommer. Et surtout, elle se trouve à la croisée de plusieurs lignes de transport, ce qui facilite les déplacements pour acheter, vendre ou se dissimuler. Avec la gentrification progressive du quartier, les tensions se sont accrues. De plus en plus de collectifs de riverains se sont plaints de la présence de consommateurs dans l’espace public, et leur voix s’est faite plus audible.

Retrouve-t-on un profil type de consommateur à Stalingrad ?

M.J-R : Les usagers vivant dans l’espace public sont des personnes en situation de grande précarité : sans logement ou hébergées très temporairement, souvent sans emploi. Une partie d’entre eux sont des migrants récents, sans papiers, pris dans un cercle vicieux. Sans titre de séjour, pas de travail, sans travail, pas de papiers. Beaucoup présentent aussi des troubles psychiques importants, liés à des traumatismes migratoires ou à une enfance marquée par la violence. On retrouve de nombreuses personnes passées par l’Aide sociale à l’enfance. La population est majoritairement masculine : environ 80 % d’hommes pour 20 % de femmes.

Existe-t-il des solutions pour freiner la consommation de crack à Stalingrad ?

M.J-R :  Solutions est un mot fort, mais plusieurs pistes existent. La première, c’est la prévention. Améliorer la santé mentale des jeunes, prévenir les violences qu’ils subissent et leurs conditions de vie pour réduire les troubles psychiques et les traumatismes. Il faut aussi renforcer la prévention liée aux substances. sortir du discours purement répressif, développer la réduction des risques, et mettre en place des programmes de compétences psychosociales pour aider les jeunes à faire des choix éclairés face aux drogues. Ensuite, pour les personnes déjà dépendantes, il faut améliorer les traitements. Les pistes de substitution au crack sont prometteuses, mais encore peu développées. Enfin, il faut agir sur les conditions de vie. Beaucoup consomment du crack pour supporter la rue. Nos études montrent que lorsqu’ils sont mis à l’abri, leur consommation baisse et devient plus régulée. Le logement, plus qu’une aide ponctuelle, est souvent la première étape vers la sortie de la dépendance.

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