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Saint-Denis : la restauration de la flèche de la cathédrale, symbole de transmission des savoir-faire

Bakary, forgeron de 55 ans. « Notre but, c’est d’être didactiques, pédagogiques, de faire vivre le chantier au quotidien ». 21 octobre 2025 / Léa Darnay

Au centre de Saint-Denis, le chantier de reconstruction de la flèche de la cathédrale redonne vie à cette partie du monument disparue depuis le XIXᵉ siècle. La ville entend valoriser son territoire à travers un chantier immersif, entre formation et transmission d’anciens savoir-faire.

Derrière la basilique de Saint-Denis, les coups de maillet résonnent comme un écho venu du Moyen Âge. Sur le chantier, tailleurs de pierre et forgerons s’activent pour redonner vie à l’ancienne flèche, démontée au XIXᵉ siècle après avoir été fragilisée durant des siècles par les intempéries. « C’est l’un des plus grands chantiers patrimoniaux d’Europe aujourd’hui, rappelle Alix Carron, responsable de la communication de l’association Suivez la Flèche, à l’origine du projet. C’est symbolique, car la basilique est aussi le berceau du gothique, la grande sœur de Notre-Dame », dont la flèche a elle-même était abîmée et finit de reconstruire entièrement en septembre 2025.

Soutenu par la Ville de Saint-Denis, dont le maire, Mathieu Hanotin, préside également l’association, par les collectivités territoriales, l’État et plusieurs mécènes privés, le chantier se veut « un lieu de connaissance, de transmission et ouvert à tous », précise-t-elle. D’ici à cinq ans, la silhouette élancée du clocher retrouvera sa place au-dessus du tombeau des rois de France.

Facade de la Basilique cathédrale Saint-Denis / Site de Saint-Denis Basilique

Un chantier-école ouvert à tous

Autour de la restauration du clocher historique, installée au pied de la basilique, s’est constitué un véritable chantier-école. Frédéric Mutillod, 62 ans, tailleur de pierre depuis l’âge de 18 ans, a choisi d’y achever sa carrière en transmettant son savoir. « J’ai travaillé à Dijon, Bourges, Strasbourg, Nice, Caen… Chaque pierre et chaque outil est différent. Aujourd’hui, je me considère comme un passeur de passion », confie-t-il, le regard fier.

Frédéric Mutillod, 62 ans, tailleur de pierre depuis l’âge de 18 ans. « J’ai travaillé à Dijon, Bourges, Strasbourg, Nice, Caen… Chaque pierre et chaque outil est différent. Aujourd’hui, je me considère comme un passeur de passion ». Mardi 21 octobre 2025 / Léa Darnay

Ancien formateur, il encadre désormais des apprentis et adultes en reconversion, tout en accueillant des écoliers pour leur faire découvrir son métier. « Beaucoup de femmes viennent se former ici, et elles réussissent très bien. Surtout, il faut retenir qu’il n’y a pas de sous-métier », insiste-t-il devant une classe de seconde captivée par ses gestes. « Les 15 228 pierres sont taillées à la main selon les méthodes traditionnelles, et nous avons pu récupérer une centaine de pierres d’origine, explique le maître tailleur. Quinze pour cent des blocs sont travaillés sur place, où de nombreux apprentis sont formés. »

Entre ateliers, rencontres avec les artisans, jardin d’inspiration médiévale, cinéma immersif à 360°, expositions et animations pédagogiques, le chantier est devenu un véritable vivier de transmission. « Notre but, c’est d’être didactiques, pédagogiques, de faire vivre le chantier au quotidien », confie Bakary, forgeron du jour, dans sa loge.

Lieu de transmission

Forgeron de père en fils, cet artisan de 55 ans a découvert le projet par hasard, en se promenant sur le marché de Noël de Saint-Denis. « Après mon diplôme, je voulais travailler à Notre-Dame après l’incendie. Puis j’ai vu qu’ici, dans mon quartier, on reconstruisait une autre flèche. Alors, je me suis dit : « C’est là que je dois être ». En manipulant ses outils, laissant jaillir les étincelles, il échange avec les écoliers : « Sans forgeron, pas d’outil », explique-t-il.

Frédéric Mutillod, tailleur de pierre répond aux questions d’élèves d’une classe de seconde. Mardi 21 octobre 2025 / Léa Darnay

Sur le chantier, trois entreprises spécialisées, H. Chevalier, l’Atelier des sculpteurs et Le Manteau SRBN Scoop, collaborent avec Suivez la Flèche. Les ateliers, équipés de larges vitres, permettent au public d’observer les artisans à l’œuvre, tandis qu’un écran diffuse en direct l’avancée des travaux à 60 mètres de hauteur. Un système de parrainage offre au public la possibilité de financer une pierre, dès 15 euros, et d’en suivre la pose. « C’est une manière pour chacun de s’approprier le projet », souligne Alix Carron.

Au-delà du chantier, Suivez la Flèche s’inscrit dans la dynamique culturelle de Saint-Denis, portée par l’élan des Jeux olympiques. « C’est un chantier de transmission, de formation et d’avenir », conclut Alix Carron. En partenariat avec l’Institut des savoir-faire français, l’association espère ainsi valoriser le patrimoine matériel et immatériel.

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