Devant la Cour d’Assises de Paris, mercredi 22 octobre, des dizaines de curieux patientent pendant des heures pour tenter d’assister au procès de Dahbia Benkired, accusée du meurtre de Lola Daviet, 12 ans. Entre fascination morbide et besoin de « voir pour y croire », le jugement du drame se transforme en spectacle.
La Cour d’Assises de Paris, où se déroule l’affaire du meutre de Lola. Licence Creative Commons.
Il est 9h37, mercredi 22 octobre, troisième jour du procès de Dahbia Benkired. Devant la Cour d’Assises, la file s’allonge depuis l’aube. Des dizaines de curieux·ses espèrent assister à l’audience de cette femme, accusée de viol, de torture et de meurtre. Mais dans la petite salle Victor Hugo, seulement une trentaine de places sont accessibles.
Dehors, la foule attend comme on guette une scène à ne pas manquer — comme si voir la douleur des autres suffisait à la comprendre.
Le 14 octobre 2022, Lola, 12 ans, est retrouvée morte dans une malle, au pied de son immeuble, dans le XIXe arrondissement de Paris. Les faits, d’une cruauté inouïe, ont bouleversé la France. Deux ans plus tard, c’est un autre spectacle qui se joue sur le parvis de la Cour d’Assises : celui de la curiosité transformée en attraction.
La Cour d’Assises comme spectacle
Christelle, 43 ans, est là chaque matin depuis l’ouverture du procès. Elle n’a aucun lien avec la famille de la victime. « Je veux juste apporter mon soutien à une maman en deuil », dit-elle. Mais, en plus de la compassion affichée par certain·e·s, se distingue aussi une autre forme d’attente : celle d’être témoin, ne serait-ce que de loin, d’un drame hors du commun.
Procès de #dahbiabenkired pour le meurtre de #Lola à #Paris. Au troisième jour d'audience, la foule ne désemplit pas devant la salle. Les policiers tentent de faire régner l'ordre au milieu des coups de coude et invectives. "Poussez-pas", crie l'un d'eux.
— Antoine Blanchet (@ABlanchet75) October 21, 2025
Il y a des airs de… pic.twitter.com/ceA1QxuQ4O
À l’entrée de la Cour d’Assises, on se pousse, on s’insulte, on tente de passer. L’atmosphère n’a rien d’un recueillement. « Hier, deux femmes en sont venues aux mains », souffle un policier. « Je suis outré par certains comportements. C’est un drame absolu, la famille est à quelques mètres, et dehors, on voit des gens se comporter comme s’ils faisaient la queue pour un concert. »
Les téléphones portables s’invitent dans ce chaos. Des femmes se filment, se prennent en selfie devant le procès de Lola, comme on immortalise un événement sur les réseaux sociaux. Certaines vidéos, postées sur TikTok ou Instagram, cumulent déjà des milliers de vues. Des internautes y commentent les visages, spéculent sur les détails du crime ou la personnalité de l’accusée.
Voir pour comprendre, ou consommer du « true crime » ?
Ce voyeurisme morbide rappelle le succès du « true crime », ces récits de meurtres réels transformés en produits culturels. Mais cette fois, le décor n’est plus un écran : c’est le trottoir de la Cour d’Assises.
« Je veux savoir ce qu’il s’est passé », confie un jeune homme venu « par curiosité ». Le mot flotte dans l’air, banal et troublant à la fois. Curiosité : ce besoin de s’approcher du malheur, sans jamais le toucher.
À l’intérieur de la salle d’audience, les débats se déroulent à l’abri des curieux. Dehors, le silence retombe parfois entre deux crises de nerfs, deux vidéos tournées à la volée. Il est presque midi. La salle Victor Hugo est pleine. Sur le parvis, Christelle range son téléphone. « Je n’ai toujours pas pu entrer, mais je reviendrai jusqu’à vendredi. » Et demain encore, la file se reformera. Comme si, face à l’horreur, la société ne savait plus où poser son regard — sinon sur elle-même.






