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Municipales 2026 : « Le féminisme ce n’est pas une case qu’on coche », une militante veut le rendre quantifiable

Marie-Noëlle Bas, militante féministe de longue date et cofondatrice de l'Observatoire visant à évaluer les engagements des candidat(es) aux municipales parisiennes de 2026. Marie-Marie-Noëlle Bas

Marie-Noëlle Bas est militante féministe. Crédit : Marie-Noëlle Bas

Militante féministe, Marie-Noëlle Bas en a assez des promesses non tenues. Avec la socialiste Gabrielle Siry-Houari, elle lance un observatoire féministe inédit pour passer au crible les candidat·e·s aux municipales de Paris et leurs programmes. Leur objectif : vérifier si les discours féministes des politiques se traduisent enfin en actes concrets.

La Gazette des Faubourgs : Comment est née l’idée de créer un observatoire féministe pour les municipales parisiennes ?

Marie-Noëlle Bas : Je suis militante féministe, j’ai 71 ans et je suis engagée dans la discussion et la promotion des avancées féministes, notamment depuis le mouvement #MeToo en 2017. J’observe aujourd’hui un retour du masculinisme, souvent accompagné d’un discours de violence et de recul sur les acquis féministes. D’après moi, la politique continue d’être un milieu empreint de stéréotypes, où la parité entre les femmes et les hommes reste trop souvent marginale. Il est rare d’avoir des femmes à la tête des ministères. Il y a également trop peu de budget consacré aux politiques d’égalité. 

Comment s’est faite votre rencontre et votre travail avec Gabrielle Siry-Houari ?

On s’est rencontrées lors d’une action mise en place contre le mot « Mademoiselle », il y a quelques années à Paris, et on a tout de suite compris que nous avions plusieurs points en commun. On partage les mêmes combats, les mêmes constats mais c’est aussi deux générations qui dialoguent et se complètent. Gabrielle a une trentaine d’années. On ne vient pas du même monde, mais on partage la même exigence : faire du féminisme un outil concret pour changer les politiques. Après #MeToo, il était temps de poser les choses sur la table et d’encourager les responsables politiques à considérer le féminisme comme une boussole politique, pas comme un supplément d’âme. On souhaite mettre en place un processus pour que toutes les politiques publiques soient envisagées d’un point de vue féministe. 

Quel est le but principal de cet observatoire ?

L’objectif principal est de sensibiliser le grand public et de passer des paroles aux actes. On a entendu assez de discours. L’observatoire vise à évaluer la cohérence entre les engagements affichés et les politiques menées et à encourager tous les partis politiques à agir. Je souhaite que les candidat·e·s envisagent leur politique public au regard du féminisme, comme cela a été fait pour l’environnement.

Concrètement, comment comptez-vous évaluer la cohérence entre les discours et les actes des candidat·e·s aux prochaines municipales de Paris ?

Un questionnaire d’une douzaine de questions sera envoyé aux candidats en novembre, portant sur les droits des femmes, à l’école, dans la santé, la sécurité, le logement ou encore le budget. Les réponses seront analysées en janvier et février 2026. Une communication publique sera organisée en amont des élections municipales. Plus tard, une évaluation plus complète sera publiée avec un baromètre chiffré. 

Notre équipe est composée d’une dizaine de membres. Elle est renforcée par une chercheuse chargée d’élaborer une grille de notation sur 25 points. Ce baromètre permettra de mesurer, pour chaque candidat·e, son niveau d’engagement féministe réel. 

Qu’aimeriez-vous que cet observatoire change durablement dans la vie politique parisienne ?

L’observatoire est pour l’instant centré sur Paris, mais d’autres villes (comme Dijon) ont déjà pris contact pour y participer. Une extension à d’autres scrutins, comme les législatives, est envisagée. Nous restons un collectif avec beaucoup de projets mais nous ne sommes pas encore nombreux·ses. 

Les élu·e·s doivent eux-mêmes être exemplaires sur les questions du féminisme. Je propose la création d’une délégation au sein des mairies consacrée aux droits des femmes. Les femmes représentent la moitié du corps électoral. Il est temps que leurs droits deviennent une priorité structurelle, pas une case qu’on coche avant les élections.

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