Maria Leconte, grand maître international féminin et entraîneuse au club Le cavalier de la tourelle. Crédit : @cavalier_tour (X)
Hugo Plaidit, jeune membre du club d’échec Le cavalier de la tourelle, à Saint-Mandé, s’est qualifié pour les championnats d’Europe au Monténégro. Entretien avec Maria Leconte, grand maître international féminin et entraîneuse au club et Jean-Olivier Leconte, président.
Le club d’échecs de Saint-Mandé fête ses 50 ans. Où en est-il aujourd’hui ?
Maria Leconte : Notre club d’échec existe depuis un demi-siècle. Nous comptons environ 180 membres, dont plus de 150 mineurs. C’est un club très jeune, très vivant. Nous avons deux entraîneurs, dont moi-même — je suis grand maître international féminin, ancienne championne de France et championne d’Europe par équipe en 2001.
Jean Olivier Leconte : Depuis de nombreuses années, des enfants viennent au club grâce à la notoriété de Maria. Au fil des ans, nous avons obtenu de bons résultats. En revanche, en championnat individuel, cela faisait quelques années sans grandes performances. Avec Hugo, qui s’est positionné sur le podium en championnat de France, les résultats sont revenus.
Pouvez-vous en dire plus sur Hugo Plaidit ?
Jean Olivier Leconte : C’est un garçon très sympathique, sérieux et intelligent. Il est ouvert aux autres, avec une excellente mémoire. Hugo est arrivé chez nous il y a environ six ans, alors qu’il avait moins de dix ans. Il a commencé très jeune, comme poussin, et s’est tout de suite distingué. On repère assez vite les enfants qui ont un vrai potentiel. Dès ses premières années, Hugo était déjà parmi les meilleurs. C’est déjà un vieux routard des échecs, il dispute dix à quinze tournois par an. Chaque année, il dispute le Championnat de France jeunes. L’an dernier, il avait frôlé le podium. Il s’est toujours bien classé, entre la 5e et la 15e place. Cette année, à Vichy, il termine 3ᵉ : une très belle performance. C’est cette réussite qui lui a ouvert les portes du Championnat d’Europe.
Comment prépare-t-on un joueur de cet âge à ce niveau ?
Maria Leconte : Hugo, c’est un travailleur. Il s’entraîne avec moi une fois par semaine en individuel, mais il bosse énormément seul ou collectivement. Dans les échecs modernes, les outils sont nombreux : bases de données, parties des grands maîtres en ligne, vidéos d’analyse… Il utilise tout cela avec intelligence. Il a aussi un vrai goût de l’effort. Il adore découvrir de nouvelles ouvertures, étudier les parties des autres, lire des livres d’échecs. Sa progression est liée à la fois à son talent naturel et à sa discipline de travail.
Une cagnotte a été lancée pour financer ses championnats d’Europe. Pouvez-vous en dire plus ?
Jean-Olivier Leconte : C’est la Fédération française des échecs (FFE) qui décide quels jeunes représenteront la France, et qui seront éventuellement financés. Hugo a été autorisé à participer, mais sans financement de la FFE. C’est pour cela que nous avons lancé une cagnotte afin d’aider sa famille. Le coût total du déplacement s’élève à environ 2 900 €. Aujourd’hui, les dons couvrent un quart de la somme, nous avons déposé un dossier auprès du département du Val-de-Marne, pour 1 000 € de subvention. La réponse est en attente. Mais cela semble bien parti. Et le club prendra le reste à sa charge. Notre but est que cela ne coûte rien à la famille, qui s’investit déjà beaucoup.
Qu’attendez-vous de ce championnat d’Europe ?
Maria Leconte : L’objectif, c’est d’abord d’apprendre et de se mesurer aux meilleurs. Finir dans les dix premiers serait déjà un immense succès. En Europe, certains jeunes se consacrent entièrement aux échecs et sont parfois déjà grands maîtres. Ce championnat sera une expérience unique pour lui.
La pratique des échecs semble connaître un nouvel essor. Comment l’expliquez-vous ?
Jean-Olivier Leconte : Il y a eu un phénomène double : le confinement et la série Le Jeu de la dame sur Netflix. Avant le Covid, la France comptait environ 55 000 licenciés. Nous en avions perdu près de 20 000 pendant la pandémie, mais aujourd’hui, nous sommes montés à près de 80 000. C’est un véritable boom des échecs. Notre club reflète cette dynamique : avant la crise, nous étions autour de 110 à 120 adhérents, et l’an dernier nous avons frôlé les 200. Cette année, nous débutons à 180 membres.






