Home / Portrait / Souleymane Traoré : courir pour se dépasser, transmettre pour s’élever

Souleymane Traoré : courir pour se dépasser, transmettre pour s’élever

Souleymane Traoré s’échauffe au stade des Guilands, à Montreuil, le 27 mai 2025. Photo Karen Gana

À Montreuil, Souleymane Traoré transforme le running en moteur d’émancipation. Entre marathons, dépassement de soi et ancrage de quartier, il court pour lui autant que pour les autres.

Silhouette élancée, regard déterminé sous des lunettes teintées orange, Souleymane Traoré foule comme tous les dimanches, la piste du stade des Guilands, son terrain d’entraînement. C’est aussi là que tout a commencé. À 25 ans, celui qu’on surnomme « Boosté » n’a pas seulement enchaîné les kilomètres entre Rome et Paris. Dans ses foulées, il y a une revanche personnelle, une quête d’équilibre mais surtout une volonté de transmettre un message : “tu peux venir d’un quartier populaire et viser haut !” Un message qui résonne avec le slogan de la marque qu’il a lancée en 2022 : NotFoundMentality. Des tee-shirt, cagoules, maillots, afin de connecter différents univers entre eux et le club Boos-T qu’il a co-créé pour mobiliser, rassembler, booster les jeunes de son quartier.

Du quartier à l’effort collectif

Au début de son projet NotFoundMentality, les parents de Souleymane ne comprennent pas ce qu’il fait. Son père doute : il le trouve dispersé, trop engagé dans différents projets. Lui aurait préféré qu’il suive une voie plus stable : terminer ses études avant de se lancer dans des projets concrets.  Aujourd’hui même si Souleymane a obtenu son master depuis un an, son père reste réservé mais cela ne l’empêche pas de partager les activités de son fils sur son profil Whatsapp.

La mère, elle, ne dit rien mais observe. Elle ne travaille plus depuis des années, mais a toujours encouragé ses enfants à aller au bout de leurs idées. Souleymane tient d’elle son esprit entrepreneurial, elle achète des marchandises en France pour les revendre au Mali. Cette capacité à se débrouiller, à créer des opportunités, il l’a héritée d’elle. Minna, la sœur de Souleymane, a 22 ans. Elle affirme avec fierté : “Il aurait pu arrêter ses études pour se concentrer sur ses projets, mais il ne l’a pas fait.” Pour elle aussi, les études sont essentielles. Elle poursuit un cursus en commerce.

Souleymane a grandi dans une famille modeste, respectée dans le quartier. Certains l’appellent “le maire de Montreuil”. Sa sœur se fait appeler « la petite sœur à Souley ». Il est considéré comme le jeune gentil, respectueux auprès de tous. Une tante admirative de son éducation demande à sa mère : « Comment tu as réussi à éléver un jeune noir dans un quartier populaire ? » Pourtant, il y a quelques années, Souley fuyait la lumière. Enfant vif, il passait ses journées dehors, à faire du vélo, puis en grandissant s’initie au tir de mortiers. Il passe rapidement maître en la matière les soirs des fêtes nationales. En 2021, on l’entendait même témoigner dans un reportage de BFMTV, un brin racoleur, sur les mortiers d’artifice.

Jusqu’alors, rien ne prédestinait le montreuillois, fraîchement diplômé en commerce international,  à courir deux marathons en deux mois. Encore moins à co-fonder un club de running. Et pourtant, derrière ses foulées, il y a une histoire de blessure, de renaissance et d’engagement. « Le sport m’a toujours aidé à canaliser mon énergie », explique-t-il. Plus petit, il pratiquait le judo puis le football. Suite à une double entorse, il délaisse les terrains au profit des études. Ce qui ne l’empêche pas de mettre à profit ce qu’il a appris en école de commerce pour créer NotFoundMentality.

Une rencontre qui change tout

C’est en septembre 2024, que tout bascule lors de l’événement Sixth June community, organisé par le fondateur de la marque, Jean-Jacques Gov. Un rendez-vous qui réunit des jeunes de quartiers populaires et des étudiants en master de luxe autour d’un message : tout est possible. Ce jour-là, le patron repère Souleymane grâce au créateur du média BanlieusardNouveau, venu couvrir l’événement. “Il dégageait une force tranquille. Une bonne énergie. J’ai su tout de suite qu’il avait le truc”, confie-t-il. Il lui propose alors un défi : “Tu te dis boosté mais es-tu capable de courir le marathon de Rome avec moi ?”

Touché dans son égo, Souleymane relève le gant. Retour au stade des Guilands, puis direction les Alpes Suisse pour un entraînement en altitude. Trois mois plus tard, en mars 2025, il termine les 42 kilomètres du marathon de Rome en plein ramadan, sans eau ni nourriture. Un mois après, il réalise celui de Paris, sans plus de préparation. “J’ai cru abandonner au 24e kilomètre. J’ai marché sur une jambe pendant une heure. Mais j’ai fini. Je ne pouvais pas lâcher.” Pas pour les likes. Pour lui. Pour sa mère. Pour les gamins du quartier. 

De cette rencontre naît une relation mentor-élève, puis une collaboration. Ensemble, ils créent Boos-T club, un collectif de running dont le nom reprend le surnom de Souleymane. Le club s’est formé à l’origine pour s’entraîner au marathon de Rome puis il s’est ouvert à tous ceux qui veulent se surpasser. Il a aussi pour vocation de diffuser la pratique du running auprès des jeunes du quartier, les éloigner des mortiers pour les amener à la course à pied afin de briser des barrières sociales. Les séances sont organisées tous les dimanches matin, au stade des Guilands, évidemment.

1999 Naissance à Montreuil (Ile-de-France)

2024 Rencontre avec Jean-Jacques Gov

2025 Marathon de Rome


Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *