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Donovane Siatothro, le droit de tenter

Skateur moyen, étudiant tardif et photographe passionné, Donovane Siatothro trace sa route en dehors des sentiers balisés. Portrait d’un touche-à-tout qui a appris en louvoyant, représentant d’une génération où l’on pouvait avancer sans connaître la destination.

« Je me casse ! » balance Donovane Siatothro à son manager d’IKKS, en juillet 2020. C’est la fin de son alternance en BTS commerce. « Les 35 heures, c’était le déclic. J’avais décidé que je ne foutrai pas ma vie en l’air ». Passer son quotidien à vendre des fringues, devenir superficiel, dans le paraître pour draguer les clients et avoir comme seul objectif de faire du chiffre, c’était impensable pour « Dono ». Il fait partie de cette majorité de jeunes qui ressentent un décalage entre leurs attentes et leur travail. Donovane n’y échappe pas. À 25 ans, il cumule les diplômes et les petits boulots, les galères et les éclats de lumière. Il s’est fait une promesse : un jour, il vivra de sa passion : la photographie. En attendant, Donovane a pris le luxe de se perdre. Il est né en 1999, a connu l’avant-réforme du baccalauréat en 2021 qui force une spécialisation précoce des élèves. « Je pense qu’on nous demande trop tôt de choisir ce qu’on veut faire dans la vie, souffle Dono. Quand t’es pas poussé pour faire des études, tu peux réaliser l’erreur un peu tard. Trop tard ». Le photographe est l’un des derniers étudiants à pouvoir prendre le temps d’essayer, de se tromper et de se relever. 

Premiers tricks, premier appareil photo

Quelques années plus tôt, en 2013, alors jeune collégien, le Nantais achète son premier appareil photo. Un Nikon D3100 payé avec les sous de quelques Noël. Il a 13 ans. C’était l’époque où il s’échappait  des cours du collège pour passer l’après-midi à skater à Nantes. Entre quelques gamelles, il découvre la capture de l’instantanée, les premiers clichés, les premiers essais, les premières photos floues. Rapidement, le skate n’est plus qu’un prétexte. Le gamin vient de trouver une passion. Il n’est pas le plus fort sur une planche, loin de là. Non plus sur les bancs de l’école, où il navigue péniblement de salle en salle, d’années en années. Mais, derrière l’objectif, pour la première fois de sa vie, il domine. Mirana, sa mère, s’en souvient. Avant l’appareil photo, il multipliait les heures de colle, les expulsions de cours et embrassait l’insolence. « Il a changé. Avant, c’était un petit con, s’amuse Mirana. Après… c’était toujours un petit con, mais il avait cette lueur dans les yeux, ce plaisir de prendre des photos ».

“Toujours en dèche”

À 25 ans, “Dono” n’a pas plus d’argent que le petit photographe de l’époque. « Ce mec, il est toujours en dèche » sourit Adrien Fayol, un ami d’enfance. Il n’a plus que deux euros sur son compte. Ça ne l’importe pas. C’est toujours plus que 34 centimes, le nom du label de Damso qui a sorti un court-métrage, R.E.M., idole du skateur depuis l’album Ipséité en 2017. Le grand projet du Nantais d’origine malgache : avec le rappeur Benzizou, ils veulent mettre en lumière les petites défaites et les petites victoires de la vie à travers un court-métrage mis en musique. « C’est ce qui m’anime, affirme Donovane, c’est ce qui fait notre quotidien. On sous-estime les petites choses». Il se souvient des dimanches après-midi passés au cinéma avec son père. Il se souvient aussi des films contemplatifs, sans grosse intrigue. Ce sont ceux qui l’ont le plus marqué, loin du rentre-dedans et du franc-parler du rappeur belge. « J’aime les moments chiants dans les longs-métrages, quand il ne se passe pas grand-chose, quand c’est humain » savoure Dono. 


Dans la vie de Donovane, autant nonchalant qu’impulsif, il se passe toujours quelque chose. Sa dernière petite victoire : des prises de photo sur scène, avec les rappeurs Kekra et Jolagreen. Sa dernière défaite, un avertissement au travail, dans une crêperie à Saint-Ouen. « Il bosse bien, mais il est toujours en retard » précise Hervé, le responsable du restaurant. Avertissement ou pas, Dono ne reste jamais longtemps dans un travail. “La chaleur au-dessus des crêpières, j’en peux plus, souffle-t-il. J’y bosse depuis 4 mois, c’est bientôt la fin”.

“L’université est un jeu pour lui”

Le seul endroit où Dono ne fout pas le camp, c’est l’université. Après son expérience ratée en BTS, il renoue avec les études. Toujours passionné par la photo, il intègre une licence en sciences politiques, à Paris. Le diplôme ne l’intéresse pas. « Je veux avant tout rester en mouvement, apprendre ». Sur les bancs de la fac, il est le premier arrivé, le dernier à repartir. « Je ne m’en servirai pas dans mon boulot, mais dans la vie » insiste le photographe. Il est l’un des rares de sa famille à être diplômé. Sa mère était professeure des écoles à Madagascar. Il suffisait d’un équivalent du bac pour occuper la fonction. « Elle était perçue comme une tronche dans ma famille », explique Donovane. Ce n’est pas elle qui l’a poussé à faire des études. Il s’est débrouillé seul. Il obtient sa licence, plutôt facilement, et enchaîne avec un bachelor communication et création visuelle. Toujours affamé, il est en train de valider son master à LISAA, une école de création visuelle. Ensuite, il compte boucler son master en sciences politiques. 

Adrien Fayol est persuadé qu’il continuera ses études. « Jusqu’à ce qu’il soit photographe professionnel ou qu’il ait suffisamment de connaissances. C’est un jeu pour lui ». Comme sur une planche, Dono avance et apprend grâce aux chutes, dans l’attente du prochain diplôme, du prochain cliché rêvé ou du prochain trick. Dans la ligne de mire, le master, auquel il tient absolument. « Qui sait, peut-être que j’aurais ma dose après ça, ou pas » rigole-t-il avec incertitude.

20 décembre 1999 : Naissance, à Nantes

2013 : Premier appareil photo, un Nikon D3100

Juillet 2020 : Départ de son alternance à IKKS

2023 : Validation de sa licence de sciences politiques

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