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Escalade indoor : l’essor d’un sport à risques sous haute surveillance

Deux ouvreurs entrain de fixer de nouvelles prises à Climb Up Aubervilliers. 21/10/2025. Crédit photo Dorian Bizco.

Deux ouvreurs en train de fixer de nouvelles prises à Climb Up Aubervilliers. 21/10/2025. Crédit photo Dorian Bizco.

L’escalade indoor séduit de plus en plus d’urbains en quête de sensations et de dépassement. Avec l’afflux de pratiquants, les risques de blessures montent en flèche. À Climb Up Aubervilliers, l’une des plus grandes salles indoor au monde, les gestionnaires de salles doivent jongler entre rentabilité, normes strictes et vigilance humaine. Décryptage d’un équilibre fragile entre plaisir et sécurité.

L’ambiance est studieuse dans la grande salle d’escalade de Climb Up Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) ce mardi d’octobre. Quelques grimpeurs matinaux, perchés à 8 mètres du sol, reçoivent les conseils avisés d’assureurs concentrés. En Île-de-France, les murs d’escalade ne désemplissent pas. Avec 33 adresses au compteur, les salles du réseau Climb Up accueillent chaque jour des centaines de pratiquants, débutants comme confirmés.

Comptant 5 000 m² de surface grimpable, Aubervilliers est aujourd’hui l’une des plus grandes salles au monde. Mais l’ampleur du phénomène questionne : comment assurer une pratique sans risque à un public si large et hétéroclite ?

Quand la passion tourne au drame

« Les gens viennent ici pour s’amuser, sans toujours mesurer les risques », explique Alix Armani, moniteur et hôte d’accueil dans la salle d’Aubervilliers. Son rôle : accueillir les clients, vérifier leur niveau d’autonomie et s’assurer que chacun grimpe dans des conditions de sécurité optimales. Mais même avec ces précautions, des situations imprévues peuvent survenir.

En novembre 2024, un homme de 72 ans a trouvé la mort dans une salle Climb Up à Lyon après une chute de 20 mètres. Expérimenté, le grimpeur a pourtant oublié de s’attacher à l’auto-enrouleur, un dispositif automatique censé permettre de grimper sans partenaire. Favorisant l’autonomie, il implique la fin d’un double contrôle particulièrement précieux dans la pratique. « Je n’aime pas trop l’auto-assurage pour cette raison », commente Cathy Brémaud, responsable communication en Île-de-France, Caen, Orléans et formatrice en salle.

Des normes communes adaptées à chaque salle

Chez Climb Up, la sécurité repose sur un ensemble de normes obligatoires fixées notamment par la Fédération française de la montagne et de l’escalade depuis 2017. « Tapis, cordes, baudriers, mousquetons sont soumis à des contrôles réguliers », précise Cathy Brémaud. Contrôlé à Lyon par le référent sécurité, le matériel est ensuite loué aux clients. Mais la sécurité ne se limite pas aux équipements : elle dépend aussi des personnes qui conçoivent et entretiennent les parcours.

Les ouvreurs, ces techniciens chargés de visser les prises et de dessiner les voies, jouent un rôle clé. « Adapter le niveau de dangerosité, c’est limiter les risques de chute », explique Pierre Barbin, ouvreur chez Block’Out depuis quatre ans. « On choisit la taille des volumes, la hauteur des mouvements, la densité des prises selon le niveau du public. »

Chaque salle doit ensuite adapter ces normes à ses propres contraintes. À Porte d’Italie, la fréquentation record accélère la détérioration des tapis, nécessitant une plus grande attention. À Aubervilliers, une corde suspendue à l’accueil permet de vérifier que les grimpeurs savent réaliser un nœud de huit obligatoire pour pouvoir assurer. Une exception au sein du réseau qui a failli être supprimée : « L’ancienne direction voulait la retirer pour des raisons de rentabilité, mais on a insisté : c’est essentiel pour la sécurité », confie Alix Armani.

Responsabilités partagées

En cas d’accident, la question de la responsabilité reste sensible. L’année dernière, la salle de Porte d’Italie a toutefois été visée par une plainte après la chute d’un client sur une perche-brosse. « Depuis, nous avons modifié le matériel et installé des panneaux de sensibilisation », précise Cathy Brémaud.

Cathy Brémaud, responsable communication en Ile-de-France, Caen, Orléans et formatrice en salle à Climb Up Aubervilliers. Crédit photo Dorian Bizco.

En revanche, « si le matériel n’est pas en cause, la salle n’est pas tenue pour responsable », rappelle la chargée de communication. Chaque nouveau pratiquant signe un formulaire d’autonomie à son arrivée. Il atteste ainsi connaître les gestes de base, sans quoi il ne peut assurer ni grimper en tête. 

Dans le cas contraire des formations de deux heures, gratuites depuis peu, sont proposées aux primo pratiquants. « Cette gratuité permet de rendre la pratique accessible au plus grand nombre et ça reste notre objectif » développe Alix Armani. 

Attachés à cette autonomie, les deux salariés n’en démordent pas : l’escalade reste un sport à risque et la blessure fait partie de la vie du grimpeur.

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