Rue Lamoricière dans le 12e arrondissement de Paris. By LPLT – Own work, CC BY-SA 4.0
Après deux ans de délibérations municipales, la mairie du XIIe arrondissement a annoncé, hier, le changement de nom des écoles voisines Lamoricière. Elles porteront désormais le nom de deux militants décoloniaux : Robert-Jean Longuet et Léonie Wanner. Un grand pas, qui reste très marginal dans cet arrondissement particulièrement marqué par les traces du passé colonial.
Vendredi 17 octobre, à 11 heures, près de cinq mois après le vote d’une délibération en conseil d’arrondissement, les deux écoles primaires Lamoricière A et B ont changé de nom. Exit le nom du général de la période coloniale, les deux établissements publics portent désormais les noms de Robert-Jean Longuet et de Léonie Wanner, deux journalistes, défenseurs des droits humains et militants décoloniaux. Cet événement a été célébré en grande pompe, devant les établissements voisins, en présence d’élus et du journaliste Jean-Michel Aphatie. Les élèves concernés par ce changement y ont tenu un rôle essentiel, en prenant la parole durant la cérémonie. Un tournant important, dans la continuité des combats menés par la maire écologiste de l’arrondissement, Emmanuelle Pierre-Marie, depuis maintenant cinq ans.
Retirer les traces du passé colonial du XIIe arrondissement
Un combat particulièrement justifié dans cet arrondissement, qui porte en lui de nombreuses marques de l’histoire coloniale. Pour cause, l’Exposition coloniale internationale de 1931, qui a notamment été l’occasion de la construction du palais de la Porte Dorée. Un monument toujours emblématique de l’arrondissement, qui donne d’ailleurs son nom au quartier qui l’entoure. Un document, édité par le musée de la Porte Dorée – nommé « traces de l’histoire coloniale dans le 12e arrondissement de Paris » – recense en tout 34 noms dans son arrondissement qui porteraient en eux les traces du passé colonial.
Quand vendredi dernier les écoles célébraient l’abandon d’un nom qui ne portait plus les valeurs de la République, le public se tenait rue … Lamoricière. En effet, il y a encore une semaine, les deux écoles et la rue portaient toutes le même nom. Une situation aux allures un peu absurdes, qui a fait réagir deux candidats à la mairie de Paris, David Belliard (Europe Ecologie Les Verts) et Emmanuel Grégoire (Parti Socialiste). Tous deux promettent un changement et le second a d’ailleurs exprimé l’espoir de remplacer le nom du général par le nom d’une femme.
De longues démarches
Le long processus nécessaire à ce type de changement est peut-être un des responsables de la pérennité des noms de ces 34 rues, en lien avec le passé colonial. En effet, une fois la demande de changement faite, par des particuliers ou des élus, la loi prévoit la consultation des riverains : les premiers concernés. Des consultations auprès des responsables techniques et cadastraux sont aussi effectuées. Cette première partie n’est pourtant que la phase préparatoire aux délibérations du conseil municipal et au vote de ce dernier. Pour être adopté, le changement de rue doit obtenir une majorité absolue, ce qui peut encore allonger les débats. Des démarches longues mais également rares puisque depuis 2001, seules trois rues parisiennes ont changé de nom. Deux d’entre elles, la rue Richepanse (1e et 8e) et l’avenue Bugeaud (16e), portaient d’ailleurs, comme la rue Lamoricière, des noms de généraux ayant joué un rôle important dans la colonisation.






