
Marion, candidate à la présidente de l’ANEMF et étudiante en quatrième année de médecine
Marion Da Ros, 21 ans, mène une vie à cent à l’heure. Entre une opération qui a bouleversé sa vie et un engagement associatif devenu viscéral, la jeune femme trace un chemin singulier, déterminée à porter la voix de ses pairs jusque dans les sphères du pouvoir.
Midi pile. À peine le temps de souffler, Marion enchaîne déjà sa troisième réunion. Le bureau de la Fédération des associations étudiantes picardes (FAEP) se réunit dans un local aux murs bleu azur. Il est un peu daté, mais pour elle, c’est comme une deuxième maison. Étudiante en quatrième année de médecine, elle a sans doute passé plus de temps à travailler sur le vieux canapé de la FAEP qu’en amphi ou à la bibliothèque.
Entre midi et deux, c’est le créneau qu’elle réserve aux imprévus. Tout le reste de sa semaine est chronométré au quart d’heure près. Il en faut, de la rigueur, pour jongler entre les stages, les révisions, et des responsabilités dans quatre associations étudiantes locales.
Le gène associatif
Le train de vie que l’Amiénoise mène aujourd’hui est bien différent de ce qu’elle imaginait avant d’entrer en médecine. Aider les autres a toujours fait partie d’elle. Elle a baigné dans l’associatif grâce à son père, qui s’est toujours beaucoup investi. En intégrant médecine, son engagement s’est concrétisé. « On peut dire que la médecine a réveillé le gène associatif qui dormait en moi. »
Originaire de Corse, Marion quitte son île natale après la PASS, direction Marseille. En arrivant dans la cité Phocéenne, elle intègre une première association : un tutorat pour aider les étudiants corses à réussir le concours de première année. Une expérience qui lui a beaucoup apporté d’un point de vue humain. Si bien que l’année suivante, elle devient la présidente de l’asso. Ses amis marseillais n’ont pas été surpris de la voir s’investir toujours plus : « Elle prenait vraiment du plaisir à répondre aux questions des étudiants, et même à faire les tâches administratives que tout le monde refusait de faire. Elle avait le sentiment d’être utile, et c’était le cas. »
Aujourd’hui, Marion a quitté le sud de la France pour Amiens. Un choix qui, elle l’avoue, peut paraître surprenant. C’est en débarquant en terre Picarde que tout s’est accéléré. Pourquoi ? Elle n’a pas vraiment de réponse. Elle ressentait le besoin de s’investir, de découvrir le territoire, et de rencontrer des étudiants qui ont cette même fibre pour l’associatif. Pari réussi.
Pour résumer rapidement son rôle qui, finalement, est similaire peu importe la structure : « Je porte la voix des étudiants. J’essaye de faire valoir leurs droits, surtout celui d’étudier dans de bonnes conditions. »
Bradycardie militante
Parmi ces diverses activités, Marion est représentante élue de la ville d’Amiens auprès de l’ANEMF. Au fur et à mesure de l’année, au vu de son investissement parfois démesuré, ses amis ont déposé une graine qui a germé : candidater à la présidence de la plus grosse association d’étudiants en médecine. Au début, c’était inconcevable. Faire partie du bureau ok, mais présidente ? « J’étais persuadée de ne pas avoir les épaules. »
Puis, au début de l’année 2025, la jeune femme de 21 ans a subi une opération lourde, à cœur ouvert. Elle qui adorait exercer à l’hôpital, est ressortie traumatisée de cette intervention.. Elle se souvient de la douleur, de l’angoisse et de la détresse. « C’est le comble pour une future médecin », ironise-t-elle. Marion assume avoir besoin d’une pause. Pour elle, le temps fera bien les choses, mais aujourd’hui c’est encore trop frais. Si elle est élue présidente de l’ANEMF, Marion devra prendre une année sabbatique. Un concours de circonstances qui tombe à pic. Alors, elle s’est lancée. Elle ne cache pas son appréhension, mais elle a confiance. Au grand bonheur de son père, très fier de voir sa fille s’épanouir en aidant les autres. « J’ai la sensation du travail accompli, d’avoir transmis de bonnes valeurs », explique-t-il.
Soigner le système
Depuis plusieurs mois, Marion et ses compères se sont mobilisés aux côtés de milliers d’autres soignants (et futurs soignants) contre la proposition de loi Garot. L’Amiénoise a arrêté de compter les nuits blanches pour préparer son argumentaire. Pourtant, la proposition de loi a été adoptée. « C’est à ce moment que j’ai vu les limites de l’associatif en politique, surtout en tant qu’étudiant. Notre parole n’a pas de valeur. »
Malgré la déception, la ferveur ne faiblit pas. Représenter une génération de soignant qui refuse la coercition, ça l’a tellement animée qu’elle ne veut pas s’arrêter là. Mais certains de ses proches aimeraient qu’elle lève un peu le pied, qu’elle sorte la tête de l’associatif et de la médecine. En dehors de ces deux mondes, Marion a peu d’espace pour elle. Presque tous ses amis font partie des associations, ses week-ends sont rythmés par les déplacements militants, et elle n’a ni loisirs, ni vrai temps libre. Sauf une séance de sport au sein de sa résidence étudiante quand elle n’est pas trop épuisée.
Derrière ce rythme effréné, il y a surtout une conviction profonde. Si être médecin reste son rêve premier, ce n’est pas suffisant. « Je ne peux pas me résoudre à voir le système de santé se dégrader, maltraiter les soignants et les patients, sans agir. ». Après son année sabbatique, la Corse d’origine veut en parallèle intégrer une formation en science politique.
Dans quinze ans, Marion s’imagine installée en libéral avec une activité à mi-chemin entre l’exercice médical et la politique, c’est certain. « Qui sait ? peut-être que je siégerai à l’Assemblée un jour. Je me le souhaite en tout cas ! »
Pour le moment, la seule assemblée où elle siège c’est celle de la FAEP. D’ailleurs, Marion y file. 14 heures, le « temps des imprévus » est fini. Aujourd’hui, c’est un grand jour : elle va démissionner pour se préparer aux élections de l’ANEMF. Il lui reste un peu plus d’un mois pour être élue présidente. Elle n’a pas une minute à perdre.
Mars 2004 : Naissance à Bastia, en Corse
Septembre 2021 : Début des études de médecines
Août 2024 : Début des mandats dans les différentes associations amiénoises
Juillet 2025 : Élections à venir pour la présidence de l’ANEMF






