La jeune femme, en quatrième année d’étude maïeutique, est engagée au sein de l’association des étudiant.es sage-femme pour la reconnaissance et la revalorisation du métier, en proie à un manque d’attractivité inquiétant.

Dimanche 25 mai à midi, c’est l’heure des au revoir. Bleu, vert, rose, violet… des grappes d’étudiants vêtus aux couleurs de leur fac s’embrassent avant de se quitter. Le cinquième et dernier conseil d’administration de l’année de l’Association nationale des étudiants sage-femmes (Anesf) vient de s’achever à Montrouge. Lou-Anne, étudiante en quatrième année et, vice-présidente chargée des affaires sociales de l’association, quitte la réunion fatiguée mais satisfaite du travail accompli. Son sweat-shirt à elle est orange vif, couleur de la faculté de Reims. Après Rouen, Besançon, Metz et Montpellier, les délégués de toute la France se sont réunis une dernière fois avant les vacances d’été. À l’ordre du jour : la campagne de sensibilisation « Quelles sont les pratiques des sage-femmes ? ».
« Beaucoup pensent qu’il n’existe que les maïeuticiennes hospitalières qui participent à l’accouchement », explique l’étudiante rémoise, « Pourtant, nous faisons beaucoup plus ! ». De fait, les sage-femmes libérales posent et retirent des stérilets et des implants, réalisent des frottis, pratiquent des IVG médicamenteuses et chirurgicales. Elles peuvent aussi travailler en centre de PMA. Des pratiques que l’étudiante n’estime pas assez valorisées, ni assez connues du grand public. Une situation à laquelle elle espère bien palier par son engagement.
Un engagement dès le berceau
Petite, Lou-Anne rêvait de devenir pédiatre, un métier « plus valorisé socialement ». Elle échoue lors au premier concours de médecine « à cause des mathématiques ». « Sa hantise depuis son bac scientifique » confie sa mère. Lors de sa deuxième tentative du concours, elle inscrit en seconde option la maïeutique, qu’elle obtient. « J’hésitais. Mais aujourd’hui, en stage, je réalise que je préfère m’occuper des femmes que des enfants ».
La volonté « d’être au service des femmes » vient de loin. Depuis l’enfance, Lou-Anne a développé une sensibilité à la cause féministe. « En CP, elle était déjà révoltée d’apprendre que le masculin l’emportait sur le féminin », raconte avec amusement sa mère. Fille de cheminots syndiqués à la CGT, d’un père guadeloupéen et d’une mère champenoise, Lou-Anne a grandi dans un environnement militant propice à exprimer ses idées. « Engagée, entière, qui assume ses idées », décrivent ses amis de fac. L’injustice l’insupporte.
La jeune femme est une âme révoltée, et ce militantisme contrarie de temps à autre : son tuteur de stage estime parfois qu’« elle met ses engagements au-dessus de ses études et de sa carrière ». L’élève en maïeutique a redoublé sa troisième année d’étude mais n’a jamais loupé un conseil administratif. « Le premier était consacré au féminisme dans les pratiques maïeutiques, se souvient-elle, j’ai tout de suite adhéré ! ». La rémoise a même hésité à effectuer une année de césure pour se consacrer pleinement à l’association étudiante. « C’est une personne déterminée, qui peut se montrer distraite par tout ça, mais cela montre aussi son courage » tempère son ami Téo.
Un manque d’attractivité, reflet des mauvaises conditions d’études
Pour l’étudiante, exercer ce métier ne suffit pas. C’est pour cela qu’elle s’est engagée dans l’Anesf dès sa deuxième année d’étude. Aujourd’hui également déléguée au conseil d’administration de sa fac, elle se jette corps et âme pour exiger « des études moins chères ». Début 2024, la jeune femme a mené avec son association une enquête sur le coût de la vie des étudiant.es sage-femmes. Aujourd’hui, elle défend, avec ses camarades, une réforme des bourses. « C’était une promesse de Macron, insiste-elle. Que les aides ne dépendent plus uniquement des revenus parentaux pour aider les jeunes en rupture familiale et aussi adapter les bourses au coût réel de la vie par région ».
En tant que chargée d’affaires sociales, Lou-Anne se bat pour la reconnaissance des étudiant.es en santé. « En quatrième année, pour nos stages à l’hôpital, on est rémunéré seulement 219 euros par mois. C’est indécent ! » se désole-t-elle. La profession attire peu. “On exerce un métier magnifique, mais mal payé, mal reconnu, avec des études longues et coûteuses. » De fait, certains hôpitaux tentent de remédier à cette crise en nouant des partenariats avec les écoles. L’élève sage-femme a signé un contrat avec l’hôpital de Meaux pour toucher 900 euros par mois lors de sa dernière année d’étude en échange d’un engagement au CHU de trois ans.
Revaloriser pour attirer
La maïeutique, elle aussi, souffre d’un manque de recrutement. Une loi votée l’année dernière a permis la création une sixième année d’études, alors que 20 % des places en deuxième année de maïeutique n’ont pas été pourvues en 2022. Si la formation s’en trouve renforcée, cela accentue encore le manque d’attractivité du métier.
Pour Lou-Anne, la première étape pour y remédier est de reconnaître la profession à sa juste valeur : « On fait les mêmes années d’études post-concours que les dentistes ou les pharmaciens. Pourtant, on est payées trois fois moins ! ». En 2024, certains actes comme les frottis ont été revalorisés pour les gynécologues, mais pas pour les sage-femmes, « pourtant, on fait exactement les mêmes gestes ! » s’insurge l’étudiante sage-femme.
Si son tuteur souligne que « les conditions de travail et les salaires ont déjà bien évolué ces dernières années », la jeune femme accueille l’argument avec scepticisme. Pour elle, le manque de reconnaissance n’est que le reflet, comme pour les aides-soignantes, les enseignantes, les aides à domicile ou les assistantes maternelles, d’un « plafond de verre toujours bien présent dans les métiers à dominante féminine. »
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