Militante de gauche, née dans une famille de droite libérale, Juliette Vella, s’est construite par opposition. Loin d’un parcours scolaire remarquable la jeune femme a misé sur ses rencontres et son bagou naturel pour devenir attachée parlementaire de la France Insoumise.

Si l’actuelle ministre de l’éducation Elisabeth Borne avait demandé à Juliette Vella ce qu’elle voulait faire à 4 ans, elle aurait alors répondu : vétérinaire. Petite, elle s’émerveille devant les chevaux qui passent dans les prés qui entourent Recloses, petit village du sud de la Seine-et-Marne dans lequel elle grandit. À 15 ans, traumatisée par les sciences, la mode l’aurait sûrement emportée, et à 20 ans, rien n’était moins sûr. Pourtant, à 27 ans, c’est en face de l’Assemblée nationale que la jeune attachée parlementaire reçoit, dans son bureau du 95 rue de l’Université.
Cheveux courts élégamment coiffés, jupe blanche à pois noirs, ses chaussures à talons claquent sur le parquet lorsqu’elle rentre dans le bureau. Effet réussi, retard oublié. Voix grave, fière allure, la jeune parlementaire se trahit par un ton familier entrecoupé d’expressions venues d’un autre temps. Un bagout naturel qui amuse l’une de ses collègues. « Se cacher derrière l’humour, c’est sa manière à elle de se protéger de ses émotions », s’attendrit Iris Bisson en perdant son regard entre les tupperware qui s’empilent sur le bureau de Juliette. Ils y côtoient un ordinateur, des dossiers et un couteau qui dénote. « C’est la FNSEA qui me l’a donné », s’amuse l’insoumise. Posture maladroite due à une scoliose, elle se redresse régulièrement sur sa chaise, décroche l’une de ses barrettes, qu’elle fait cliqueter entre ses doigts.
À contre-courant
La jeune parlementaire intègre les rangs des Insoumis en 2024. Entrée dans le militantisme par les luttes féministes, c’est lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, qu’Amélie Connone, directrice de cabinet d’Aurélie Trouvé, la démarche pour le poste. « Punaise, quel bol ! », un succès que la jeune femme associe alors à un karma positif, une bonne étoile, car rien sur le papier ni dans son parcours scolaire ne la prédestinait à une telle carrière.
C’est au collège Blanche de Castille, à La Chapelle-la-Reine, à deux pas de Fontainebleau, que la désillusion commence. Elle qui rêvait de devenir vétérinaire est rattrapée par ses difficultés en sciences. Peu scolaire, celle que le professeur de mathématiques surnomme « l’handicapée du rapporteur » est diagnostiquée dyscalculique dès l’enfance. Performante dans les matières littéraires, elle traverse malgré tout les années lycée sans conviction et décroche, déçue, un bac littéraire sans mention.
Mais derrière ses difficultés scolaires, une équation plus complexe se dessine. Née dans une famille de droite libérale, Juliette Vella se construit par opposition. Si la jeune femme affirme très tôt des idéaux de gauche à contre-courant, ses arguments sont entendus et respectés : « Mon père a toujours admiré ma force de conviction, même s’il ne partage pas mes idées. » Une bataille idéologique qu’elle mènera donc seule, affirmant sa position face à des parents qu’elle accusera de tous les maux qui l’assaillent, à commencer par leur culte de la réussite.
Son opposition, elle la manifeste aussi avec son frère Valentin, l’aîné. Avec son bac +5, le jeune Sciencepiste suit un parcours scolaire exemplaire avant d’intégrer l’équipe de Valérie Pécresse à la région Ile-de-France. Arrivée à l’Assemblée la première, c’est une victoire pour la jeune Insoumise, qui ne cache pas avoir longtemps nourri une grande rivalité avec son frère : « J’avais l’impression d’avoir un tour d’avance. » Le jeune républicain rejoindra finalement sa petite sœur de l’autre côté de l’hémicycle, en 2024.
Un parcours sans accroc qui dénote avec celui de Juliette. « M’envoyer à la fac, c’était m’envoyer dans le mur. » Après de longues recherches, la jeune femme intègre un BTS en communication sans conviction. Le déclic, elle le doit finalement à l’une de ses professeures, « Madame Beau », jurée déçue d’un énième oral bâclé. Convaincue du potentiel de son élève, dont elle se remémore « une aisance, une nonchalance et un aplomb naturel ». Elle passe à Juliette le sermon de sa vie et un ultimatum : « Travaillez, et je vous décrocherai le stage qu’il vous faut. » Il n’en fallait pas plus pour la jeune femme, qui dévoile enfin son potentiel.
De stage en alternance, elle évolue de Radio France à la mairie de Montreuil, en passant par les rangs du syndicat Solidaires. Connue des milieux militants, elle participe bénévolement à la campagne d’Aurélie Trouvé en 2022. C’est finalement ce qui lui vaudra d’être repérée, évitant une nouvelle fois la pression et la rigueur des entretiens d’embauche classiques. « Mon atout, c’est ma parole. Il faut que je parle, que je les fasse rire », s’amuse la jeune femme, empreinte d’un rictus à chaque fois qu’elle évoque les raisons de son succès. À l’aise avec la langue française, elle passe d’un registre à l’autre. Comique, presque vulgaire, pour moquer son syndrome de l’imposteur, sa voix s’adoucit, son langage se fait plus soutenu lorsqu’elle évoque la sulfureuse loi Duplomb et les amendements des Insoumis.
Pour la suite, elle verra bien. La jeune femme n’a pas fini de surprendre son entourage. Instinctive, elle compte bien finir, une fois encore, là où on l’attend le moins. Quitter la ville, ouvrir un gîte, cuisiner, retrouver les chevaux : elle en rêve.
DATES
25 mars 1998 : Naissance à Saint-Mandé (94160)
2018 : Obtention du BTS en Communication
2022 : Chargée de communication à la Mairie de Montreuil
2024 : Intègre l’Assemblée nationale dans l’équipe d’Aurélie Trouvée






