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Cyprien Dipoko, l’épreuve de fond d’un homme de sprint

Cyprien Dipoko, 21 ans, sprinteur exilé au Canada

Cyprien Dipoko, 21 ans, s’est exilé au Canada, à l’université de Laval, pour poursuivre son rêve : devenir athlète professionnel. Le jeune Français a fui ses terres natales qu’il juge en manque d’ambition pour ses sportifs.

Originaire de Verneuil-sur-Seine (Yvelines), Cyprien s’entraîne depuis près de dix ans au sein du club d’athlétisme du Grand Paris Seine et Oise (GPSEO). La passion du sport, il la tient de son père, entraîneur de football à Gargenville. « Balle au pied, c’était pas trop ça, plaisante ce dernier. Mais en vitesse, il explosait tout le monde. »

En France, le sport amateur souffre. Le ministère des Sports pourrait voir son budget amputé de 40 %, conséquence directe des restrictions budgétaires de l’État. Une situation qui pousse certains athlètes à l’exil, comme le nageur Léon Marchand, parti s’entraîner en Arizona. Cyprien, lui, a pris la direction du Canada en 2021. Un choix fort, soutenu par ses parents, malgré les sacrifices.

Champion de France junior du 100 mètres cette année-là, avec un chrono de 10”78, il part avec l’envie de conquérir le monde. « Mon premier hiver là-bas… j’ai cru mourir de froid », sourit-il. Aujourd’hui, il s’est acclimaté à la rigueur du climat, mais pas au rythme effréné qu’impose une vie entre deux continents. Huit mois par an au Québec, quatre en France. Deux clubs, les Rouges et Or de Laval et le GPSEO, deux entraîneurs, deux pays, un seul rêve.

En ce mois de mai, il retrouve la piste du stade Léo Lagrange, aux Mureaux, où il prépare les championnats de France sous les couleurs du GPSEO. Après quelques montées de genoux au-dessus des haies, les souvenirs affluent. Les journées de lycée à rallonge, les entraînements enchaînés sans répit. Fin des cours à 17h, retour à la maison à 18h, entraînement de 18h30 à 20h30, devoirs à faire le soir. Et une mère, Muriel Dipoko, qui s’endette pour soutenir son fils. « On a dû faire un prêt. L’université, c’est 10 000 euros par an, sans compter le logement, la nourriture… »

À Québec, Cyprien ne touche aucune bourse : seules les performances sous les couleurs de l’université Laval ouvrent les portes des aides. Chaque année, le GPSEO lui verse une subvention de 1000 euros pour ses équipements. Parmi ses outils fétiches, une Apple Watch vissée au poignet. Il y note ses temps, ses sensations. « Que je sois ici ou là-bas, je dois faire un retour à mes coachs pour suivre ma progression. » Une double tutelle qui n’est pas sans tension.

L’an dernier, tout a basculé. Décrochage scolaire, hygiène de vie en berne, il perd sa place dans l’équipe universitaire car il ne valide pas son semestre. « Là-bas, tu es libre. Trop libre. J’ai séché les cours, j’ai mal mangé, j’ai fumé… J’ai raté mon semestre. La section sportive m’a lâché l’année d’après. C’était la chute. »Désinscrit, il garde l’accès aux infrastructures, mais doit s’entraîner seul. Ses déplacements sont à sa charge. Mal accompagné, il se blesse  aux ischios pendant un entraînement. Impossible pour le coureur de participer à la saison hivernale ou estivale. Les désaccords entre ses deux coachs s’enveniment. « Le président voulait baisser sa subvention, l’entraîneuse canadien et moi avions deux visions différentes. Cyprien en a fait les frais », raconte Eddy Da Silva, son coach en France. Il faudra convoquer une réunion de crise : parents, entraîneurs, présidents. Une première dans la jeune carrière du sprinteur. Heureusement, Cyprien relève la tête.

Pour garder sa motivation, Cyprien peut compter sur Janelle, sa compagne depuis maintenant sept ans. Un véritable pilier dans sa vie, une présence discrète mais essentielle. Leur relation est marquée par les sacrifices. « Je dois constamment m’adapter à lui. Notre vie de couple suit le rythme de ses performances. S’il est blessé ou qu’il fait un mauvais chrono, c’est très difficile de lui imposer quoi que ce soit », confie-t-elle. Lorsqu’il est en France, Janelle l’accompagne sur les pistes d’entraînement comme en compétition. Avec elle, il retrouve une stabilité scolaire et réintègre les Rouges et Or pour la saison 2024-2025. Mais l’avenir reste incertain.

Cette saison estivale en France est sa dernière en tant qu’espoir. L’an prochain, chez les seniors, il ne bénéficiera plus de subventions. Sa seule option : briller aux championnats de France. « Je veux suivre les pas de Noah Lyles », confie-t-il. Champion olympique en 2024, le sprinteur américain est son modèle. Mais Cyprien veut aussi prendre le temps. Comme son ami d’enfance Pablo Matéo, révélation de l’année 2024, qui n’a explosé qu’à 23 ans. « Je lui dis souvent : ne te compare pas. Ne regarde pas ceux qui arrivent derrière. Chacun sa route. »

16 août 2003 : Naissance à Forbach en France

18 juillet 2021 : Champion de France du 100 mètres 

Août 2021 : Départ au Canada

Hiver 2023 : Blessure aux ischios

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